De l’eau potable au robinet : comment les consommateurs et les collectivités peuvent-ils se faire entendre ?

Sous la contrainte de blocages des routes, défilés de tracteurs et déversements de fumier, un projet de loi d’urgence agricole est prévu par le gouvernement.
Que faut-il en retenir ?
Dans un tweet le premier ministre « explique » qu’ il est faut privilégier le productivisme agricole au détriment de la santé des populations et considérer que l’utilisation de l’eau en agriculture prévaut sur tous les autres usages, dont l’eau potable, l’accès à celle-ci étant pourtant un droit fondamental

Décryptage :
- 300 M d’euros pour redresser notre agriculture :
- Pour les éleveurs qui ont vu leurs troupeaux abattus du fait de la dermatose nodulaire, oui bien sûr, nous sommes tous d’accord sur ce point. Pour faire face à la distorsion de concurrence dans le cadre du MERCOSUR ? Tout à fait, de longue date, l’UFC-Que Choisir soutient les produits locaux et français de qualité.
- Pour soutenir une agriculture qui puisse utiliser encore plus de produits phytosanitaires de synthèse et améliorer les rendements en augmentant les quantités d’engrais, et donc in fine les nitrates dans le sol et dans l’eau ? Non !
Nourrir la population est une très noble tâche, et nos agriculteurs doivent être encouragés et remerciés de l’accomplir avec compétence. Mais pourquoi utiliser sans discernement des produits chimiques qui se retrouvent en grande partie dans l’eau, dans l’air, dans les aliments au mépris de leur propre santé et celle de leur famille, et au détriment de la santé de celles et ceux qu’ils nourrissent ? Sans compter qu’ils ruinent la biodiversité, impactent faune et flore.
Pourquoi faut-il non seulement poursuivre ce modèle agricole productiviste, mais plus encore l’encourager, alors que les collectivités locales doivent faire face à une pollution des eaux qui les contraint à devoir investir des millions d’euros pour assurer la distribution d’une eau potable au robinet ? La politique agricole affichée par le gouvernement est d’utiliser plus d’engrais et surproduire, sans se soucier des effets colatéraux, la présence de nitrates dans l’eau potable par exemple. Mais il est vrai que « les acteurs ne peuvent pas comprendre de quoi il retourne ». Quel mépris pour les acteurs de terrain, y compris l’ensemble des agriculteurs qui ont déjà engagé des actions vers une autre agriculture…
Les collectivités locales, qui pourront se permettre les investissements nécessaires, vont devoir répercuter l’augmentation du prix de l’eau sur tous les consommateurs : la facture d’eau va donc elle aussi connaître des augmentations importantes dans un contexte de pouvoir d’achat très contraint. Qu’en sera-t-il des petites collectivités ?
- Favoriser les projets hydrauliques, c’est-à-dire les bassines : ceci doit-il se faire au mépris de la protection de l’environnement et de la biodiversité, par ailleurs allié naturel indispensable à l’agriculture ? Et s’il doit y avoir des projets, financés à plus des ¾ sur fonds publics, ils doivent profiter à tous les agriculteurs et non à quelques-uns, sur la base d’études sérieuses.
- En outre, préciser que les agriculteurs doivent être plus présents dans les instances ayant l’eau pour sujet est une méconnaissance de la réalité : ils sont présents dans toutes les instances, départementales, régionales et dans les comités de bassin ! Enfin, de préciser que tous les documents déjà établis ayant trait au partage de cette ressource entre les acteurs sont à revoir est faire véritablement injure à tous ceux qui ont travaillé à l’élaboration de ces documents, y compris les services de l’Etat et les préfets ! Hormis certains syndicats agricoles, sommes-nous donc tous totalement incompétents et incapables de réfléchir ? Là encore, c’est afficher un mépris total pour l’ensemble des intervenants sur le sujet de l’eau.
Ne pas opposer Consommateurs et Agriculteurs
Les consommateurs sont conscients des difficultés rencontrées par la profession agricole : il n’est pas dans nos propos de ne pas compenser les pertes d’exploitation, ni de ne pas assurer des revenus décents aux agriculteurs, bien au contraire. Développer les PSE (paiements pour services environnementaux), faire contribuer de manière significative les fabricants de produits phytosanitaires par la création d’une REP phytosanitaires sont des demandes qui ne sont pas entendues.
Mais il est vrai que nous n’avons pas, à ce jour, de moyens de pression comparables à ceux utilisés aujourd’hui par certains syndicats agricoles :
mais notre voix pourrait-il en être un ?



